IN MEMORIAM GEORGES FRÉLASTRE

Extrait du journal « La Montagne » du 5 avril 2011

Georges Frélastre s’est éteint le 2 avril, à 87 ans, au terme d’une vie marquée à la fois par un indéfectible engagement dans la vie politique et universitaire de Vichy, et par une passion pour le droit et l’économie internationale.

Elu conseiller municipal de Cusset (1953) puis de Vichy (1959, 1967, 1989 et 1995), il fut Conseiller général de Vichy pendant trentesept ans. Devenu pupille de la Nation au décès de son père, (blessé pendant la Première Guerre mondiale), il fut amené à reprendre l’exploitation de la source Coursolle à Cusset, avec sa soeur (1949-1958).

Mais c’est dans le monde universitaire que Georges Frélastre, docteur en droit et diplômé d’économie politique, a très tôt tracé sa voie. À 23 ans déjà, il enseignait à l’Ecole supérieure de commerce d’Alger. Nommé professeur émérite de l’Université d’Auvergne en 1992, après une carrière d’enseignant à l’Ecole supérieure de commerce, à la faculté de droit de Clermont-Ferrand et dans le cadre de nombreuses missions d’enseignement en France et à l’étranger, il avait participé à la création d’une faculté de droit et de sciences économiques au Cameroun (1963-1967). À Vichy, où il fréquentait aussi le milieu sportif et culturel, on retiendra surtout son combat pour l’implantation d’une antenne universitaire. Un engagement couronné par la création du pôle Lardy.

De son parcours personnel et de cette longue expérience, Georges Frélastre avait tiré matière à publier plusieurs ouvrages et à donner de nombreuses conférences. Il était officier de la Légion d’Honneur, commandeur dans l’ordre national du Mérite, commandeur des Palmes académiques, chevalier du Mérite agricole et médaillé Jeunesse et sports.

Eglise Saint-Louis de Vichy samedi 9 avril 2011

Madame,

Vous avez demandé, qu’au cours de cette messe, je prenne la parole. Me voici ; nous voici ; entourés de nos collègues qui furent les siens et d’amis qui furent les siens en demeurant les vôtres ; je m’exprime tout particulièrement au nom de nos collègues Conseillers Généraux de l’Allier : Gérard Dériot, Bernard Barraux, Gérard Bertucat et, pensant répondre à leur souhait, au nom également des Conseillers Généraux ici présents et de M. Gérard Charasse représentant M. le Président du Conseil général.

Répondant ainsi à l’appel de Georges, comme je l’ai toujours fait depuis 1941 ; il y a 70 ans ; lorsqu’il était au Collège de Cusset et que j’étais au Lycée de Vichy. Puis réunis en octobre 1942 aux Sciences Politiques de Lyon, en attendant, toujours ensemble, de poursuivre à Paris.

Nous devions nous retrouver, en septembre 1967 au Conseil Général de l’Allier, créant, avec d’autres collègues, en mars 1970, une majorité singulière ; singulière car elle se voulait indépendante des partis pour rassembler au niveau du mandat départemental et à ce niveau seulement des élus qui se seraient au préalable mis d’accord sur les objectifs, les moyens et les méthodes d’une politique de développement économique, social et culturel.

Georges a été élu Conseiller Général de Vichy de septembre 1967 à mars 2004, toujours fidèle à l’esprit de cette union qu’il avait contribué à forger en 1970. Au sein de l’Assemblée départementale, il faut tout particulièrement souligner son action au service de l’enseignement et de la modernisation des collèges dont il fut chargé durant plusieurs années.

Le Conseil Général et les conseils municipaux, avaient bien compris que la modernisation du système éducatif supposait que soit conduite une action en continue accompagnant – si possible en précédant- les mutations de la société contemporaine. C’est ce que sut parfaitement assumer notre ami.

Il savait aussi que, dans nos milieux provinciaux qui luttent pour survivre, nombreux sont disponibles, nombreux se déclarent prêts à payer de leur personne. Mais à condition qu’on leur explique les règles du jeu démocratique. A condition qu’on les éclaire sur les problèmes à régler au sein de la société contemporaine. Pour quels buts et comment.

Telle fut toujours la conviction de Georges, des scouts à l’université ; des conférences dans le monde à celles prononcées au centre culturel Valery Larbaud : sa conviction est demeurée de fournir à ses concitoyens les moyens de s’informer pour participer à l’action.

C’est cela l’humanisme : réfléchir avec les autres en dehors de toute idéologie, dans le plus grand respect de leurs idées, de leurs références philosophiques ou religieuses. Pour agir ensemble.

L’humanisme, personnifié par Georges Frélastre, le conduisit à poursuivre deux objectifs sans jamais infléchir sa démarche :

1. Rechercher le modèle le plus universel : car si le Bourbonnais n’est pas une fin en soi, si son Histoire ne lui crée aucun droit particulier, l’authenticité du message humaniste dont il s’affirme porteur lui crée des devoirs.

2. Viser le niveau le plus haut : car avant d’appartenir à une communauté, à une collectivité, à une catégorie socio-professionnelle, toute femme, tout homme est citoyen du monde : chacune et chacun doit se sentir responsable de ce qui affecte quelque partie que ce soit de l’humanité.

C’est cet esprit dont il s’est toujours réclamé en d’innombrables conférences où son talent sut se donner libre cours, retenant l’attention de chaque auditoire, s’adaptant à son public par un langage clair, concret, fourmillant d’anecdotes toujours plaisantes, toujours constructives, balisant parfaitement son propos.

Et je n’oublierai pas la magnifique fresque planétaire présentée au Conseil Général lors de la séance de mars 2001 : ce fut un grand, un très grand discours et qui restera dans les annales de l’Assemblée départementale.

Mais il savait bien qu’il n’a jamais existé que deux politiques possibles :

– Une politique respectueuse des droits de l’homme

– Une politique à la Machiavel

La première est fondée sur la recherche de la justice et du progrès. Elle est toujours imparfaite.

La seconde s’appuie sur la force et la ruse. Elle est souvent la plus efficace. Mais pour peu que l’on ait foi en l’homme, pour peu que l’on place la personne au-dessus de tout, ce n’est pas cette politique là qu’il faut choisir : c’est donc contre elle que Georges a toujours lutté.

Il a lutté pour le bien public. Parce que c’est ainsi que se construit une démocratie ;

Il a lutté pour la vérité. Parce que c’est ainsi que se bâtit un humanisme ;

Il a lutté pour la tolérance. Parce que c’est ainsi que l’on peut vivre ensemble ;

Il l’a fait loyalement,

Il l’a fait en équipe.

Bien que cosmopolite par ses voyages, il est toujours revenu à Vichy pour servir Vichy et le Bourbonnais, comme l’avait décrit Valery Larbaud : « cette gare tranquille au coeur de la France »

A tous les membres de sa famille, je veux exprimer notre compassion dans cette épreuve et dans leur peine. Je leur demande d’accepter nos sincères et respectueuses condoléances, avec l’expression de nos sentiments de profonde tristesse.

Georges nous quitte et c’est pour nous la fin terrestre d’une longue amitié, mais il a marqué le Bourbonnais par l’exemple d’un magnifique dévouement ; c’est pourquoi, il restera au plus profond de nos coeurs.

Au nom de tous, je veux une dernière fois lui exprimer notre gratitude.

Au nom de ceux qui partagent sa foi, je dis aussi notre espérance.

Jean Cluzel

Membre de l’Institut
Ancien Sénateur
et Président du Conseil général de l’Allier

Georges Frélastre s’est éteint le 2 avril, à 87 ans, au terme d’une vie marquée à la fois par un indéfectible engagement dans la vie politique et universitaire de Vichy, et par une passion pour le droit et l’économie internationale.
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