L’ UNIVERSALITÉ DE LA LANGUE FRANçAISE par Jean Cluzel

Le vendredi 15 avril, la première « Fête des Mots » a été mise en
place pour célébrer notre belle langue française.
Jean Cluzel a été sollicité pour en être le parrain.
Une présentation de l’épée d’académicien a complété son allocution
Les prix ont été remis
par Monsieur Pierre-André Périssol, Maire de Moulins

I. En Bourbonnais

A la pointe de la vie intellectuelle comme aux premiers rangs des serviteurs de la culture, se sont toujours trouvés des Bourbonnais. C’est donc à eux que peut s’appliquer une phrase de Paul Valéry datant de mai 1946, alors qu’il fallait reconstruire le Monde après les tueries de la dernière guerre mondiale : « je parle à ceux que j’appelle les hommes de l’Esprit ; c’est-à-dire ceux qui, par leur nature, sont voués à comprendre et à créer ».

Parmi eux, nous pouvons en Bourbonnais, évoquer :
Antoine Meillet
Valery Larbaud
Emile Guillaumin
Charles-Louis Philippe
Emile Mâle
Ou, encore, Albert Londres
Et, plus proche de nous, René Fallet

Alors qu’au XVIe siècle, Blaise de Vigenère, traduisait César, Cicéron, Tite-Live et les  psaumes de David.

Enfin, n’oublions pas Anne de France, plus connue en Bourbonnais sous le nom d’Anne de Beaujeu, à laquelle nous devons le magnifique livre d’éducation qui a pour titre « Les Enseignements à ma fille Susanne »

Les Bourbonnais aiment la littérature. Les Bourbonnais aiment les arts. Les Bourbonnais aiment et servent la langue Française.

Prenons quelques points de repères :

– 880 la Séquence (ou cantilène) de Sainte Eulalie, plus ancien poème en langue d’oïl conservé
– 1080 La chanson de Roland
– 1539 L’Ordonnance de Villers-Cotterêts (François 1er) ; le Français remplace le latin dans les Ordonnances et les Jugements des tribunaux
– 1635 Création de l’Académie Française par Richelieu
– 1784 Discours à Berlin d’Antoine de Rivarol sur l’universalité de la langue Française

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II. Une heureuse initiative Moulinoise

Saint-Benoît, s’inscrit avec bonheur dans cette longue et magnifique histoire en organisant ce vendredi 15 avril 2011

Une « Fête des Mots »

Afin de célébrer, ici, chez nous, cette langue Française, fondement des savoirs

Ce que définissait si bien Voltaire lorsqu’il vantait les deux qualités conjointes de notre langue :

– Celle de son génie
– Celle de son aptitude naturelle à l’universalité

Il est vrai qu’une décision d’importance majeure pour assurer l’influence de notre langue avait été prise au cours du siècle précédent : c’était la mission confiée par Richelieu à l’Académie Française : Dire l’usage ; c’est-à-dire le bon usage de la langue ; Richelieu s’inscrivait ainsi dans la voie ouverte par Montaigne et Malherbe.

Notre langue a pour premier devoir de servir de lien social à tous les groupes qui composent le Pays. A ce sujet, il est bon de rappeler que la pensée gagne en précision ce que le vocabulaire gagne en variété.

C’est bien à Moulins que cette « Fête des Mots » devait être organisée.

Pourquoi ?

Parce que deux Moulinois furent, aux XIXe et XXe siècle, des maîtres du langage.

Le premier : Théodore de Banville (1823 – 1881) fut un virtuose de la poésie ; soucieux de perfection formelle ; dans les années 60 du XIXe siècle il fonde le Parnasse Contemporain, et Victor Hugo lui-même n’a pas craint pas de le considérer comme l’un des monuments lyriques du siècle.

Le second : Antoine Meillet (1866-1936) a reconstitué le langage indo-européen primitif ; il parlait une quinzaine de langues, y compris le Grec et le Latin ; pour lui « l’histoire de la langue est commandée par l’évolution de la civilisation. » Il fut membre de l’Institut (Académie des Inscriptions et Belles Lettres).

Peut-être, pourriez-vous placer cette « Fête des Mots » sous le double patronage de Théodore de Banville et d’Antoine Meillet ?

III. La Francophonie dans le Monde

Si la France est passée, en un peu moins d’un siècle, du rang de grande Puissance au statut d’Etat moyen, la Francophonie atteste d’une persistance du français à travers le monde.

On estime en effet, que 220 millions de personnes réparties sur les Cinq Continents utilisent notre langue. Leur regroupement à Paris s’appelle l’Organisation Internationale de la Francophonie (56 États membres et 14 pays observateurs)

Ce chiffre va naturellement progresser au cours des quatre prochaines décennies ; cette prévision prend appui sur les perspectives qu’ouvrent l’explosion démographique de l’Afrique Subsaharienne, au sein de laquelle, les populations francophones sont déjà importantes.

C’est ainsi que la Francophonie pourrait atteindre 5 à 600 millions de locuteurs en 2050.

D’où résultent, de nouvelles responsabilités pour les jeunes générations Françaises qui devront savoir utiliser les possibilités d’Internet.

Dans une société où se délitent les liens qui, pendant des siècles, ont uni familles et collectivités, il faut nous servir avec discernement de ce magnifique outil. De façon à le transformer en lien social, capable de fédérer les énergies avec une efficacité encore jamais connue dans l’Histoire.

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En conclusion, la connaissance de notre langue et sa maitrise, doivent être à la mesure de l’amour que nous lui portons, et que nous voulons transmettre.

Cette oeuvre, commune à tous les Français, en suppose la constance, élément essentiel de l’Education. Parce que – si nous en croyons Jacques de Bourbon Busset, membre de l’Académie Française – « la constance est à la fois le chemin et le progrès sur le chemin ».

Tout au long de notre vie et au service de notre langue faisons donc preuve d’une inébranlable constance !

N’est-ce pas la leçon précieuse que nous retiendrons d’une aussi belle initiative Moulinoise ?

Dont il nous faut avec joie, et chaleureusement, féliciter organisateurs, participants et lauréats.

Jean Cluzel

Membre de l’Institut

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