LA MAUVAISE FORTUNE par Bruno Vercier

A LIRE !

Livre édité dans la Collection l’Un et l’Autre
Gallimard – 220 p.- 19,80 euros

Des vies, mais telles que la mémoire les invente, que notre imagination les recrée, qu’une passion les anime. Des récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle.

L’un et l’autre : l’auteur et son héros secret, le peintre et son modèle. Entre eux, un lien intime et fort. Entre le portrait d’un autre et l’autoportrait, où placer la frontière ?

Les uns et les autres : aussi bien ceux qui ont occupé avec éclat le devant de la scène que ceux qui ne sont présents que sur notre scène intérieure, personnes ou lieux, visages oubliés, noms effacés, profils perdus.

Bruno Vercier a enseigné la littérature française aux universités de Lille et de la Sorbonne (Paris 3, Sorbonne nouvelle) ; sa thèse portait sur « La Mère et l’enfant » de Charles-Louis Philippe.

Il a participé à tous les colloques organisés autour de l’écrivain. Et procuré des éditions critiques de « Bubu de Montparnasse » (GF Flammarion), de « La Mère et l’enfant » et du « Père Perdrix » (Folio Classique, Gallimard).

Il vient de publier, chez Gallimard, dans la collection L’Un et l’Autre, « La Mauvaise Fortune », sous-titré « Charles-Louis Philippe ».

Voici un extrait du chapitre « C’est un vrai… » où Bruno Vercier précise son projet et sa méthode.

« Et pourtant, peu à peu, l’oeuvre s’enfonce dans l’oubli. Incompréhensiblement, injustement. Lorsqu’on parle de Philippe, bien rarement, c’est comme d’un « écrivain du peuple » ou, pire encore, d’un « écrivain régionaliste », un peu comme Émile Guillaumin : Philippe, écrivain du Bourbonnais… où survit une très active Association des Amis de Charles-Louis Philippe, qui fut, en ses débuts (les années trente), prestigieuse : Gide, Larbaud, Gaston Gallimard, Claudel, Giraudoux figurent alors au Comité d’honneur.

À cet oubli, ces pages veulent l’arracher. Le mieux ne serait-il pas tout simplement de le donner à lire, en sertissant ses phrases si surprenantes de mes phrases à moi, neutres, sans relief spécial, pour que les siennes ressortent mieux ? Surtout ne pas essayer de faire du Philippe, la tentation est grande ; Gide, par exemple, lorsqu’il raconte sa visite à la petite maison de Cérilly avant l’enterrement : « Cette maison est tout entière à son échelle ; c’est parce qu’elle était très petite qu’il en est sorti tout petit » – c’est tout à fait « du Philippe ». Plutôt le faire revivre, lui et ses amis, si nombreux, donner envie de le lire –j’aimerais pouvoir écrire « relire »… Parfois j’oserai lui prêter ma voix, sans tenter de retrouver quelle fut la sienne ; je dirai Je, et ce Je sera double, celui d’un Philippe imaginé et celui de ma tendresse pour lui.

D’où je le vois, un siècle plus tard, je surplombe son parcours, cette fulgurante et si brève trajectoire, alors je me permettrai de sauter par-dessus les années, de revenir en arrière, de repartir vers l’avant, de repasser par les mêmes carrefours. Je sais où il va, ce qu’il va écrire, qui il va rencontrer, et je sais aussi que la route sera courte. Souvent je demanderai à ses amis de témoigner, eux qui ont eu la chance de le voir vivre, rire, travailler, aimer, faire la fête, les fixer de ses yeux si singuliers.

D’abord je redirai ce que j’écrivais dans une préface à une réédition de « La Mère et l’enfant » et du « Père Perdrix », voilà déjà pas mal d’années : « Il faut lire tout Philippe, et, après les romans, les contes, et les chroniques où la voix prend encore d’autres accents. Il faut se laisser pénétrer de cette voix insistante, si singulière, qui, s’émerveillant de chaque chose, aussi banale soit-elle, lui rend les prestiges de l’inouï et du jamais vu, dans une langue qui est presque toujours celle du jamais dit. »

Et puis, si nous parlions de Bubu, des deux Bubus ? … »

Ce contenu a été publié dans Positions Juin 2011. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.